À Drancy, un caisson métallique de 3,5 mètres de haut aspire l’air ambiant depuis l’été 2025. Ce premier prototype français de captage direct du CO₂ dans l’atmosphère a été mis au point par Yama, une start-up parisienne fondée en 2024. L’entreprise compte aujourd’hui une quinzaine de salariés.
Yama a mis au point une méthode différente de celle des pionniers du secteur, le suisse Climeworks et le canadien Carbon Engineering. Ces deux entreprises chauffent leurs installations à haute température pour séparer le CO₂ de l’air, un procédé très gourmand en énergie. Yama, elle, met l’air en contact avec un liquide qui capte le dioxyde de carbone, puis utilise un courant électrique pour l’en extraire. Résultat : deux à trois fois moins d’énergie consommée. La start-up s’appuie sur de nombreuses compétences industrielles (génie des procédés, chimie, conduite et maintenance d’installations…) qu’il faudra mobiliser à grande échelle pour faire tourner les futures usines.
Yama tire ses premiers revenus de la vente de crédits carbone. Le principe : une entreprise qui émet du CO₂ peut compenser ses émissions en achetant des crédits à un acteur qui, à l’inverse, en retire de l’atmosphère. La fintech suédoise Klarna figure parmi les premiers clients de la start-up.
L’entreprise cherche aussi à équiper les datacenters, ces immenses centres informatiques qui font tourner Internet et l’intelligence artificielle. Beaucoup d’entre eux consomment tellement d’électricité qu’ils sont alimentés par leurs propres turbines à gaz, qui rejettent du CO₂. Le procédé de Yama peut capter ce CO₂ à la sortie.
Yama prépare une levée de 10 millions d’euros d’ici 2027 pour construire un démonstrateur vingt fois plus gros, puis une première usine à l’horizon 2030, capable de traiter jusqu’à 100 000 tonnes par an. À terme, la start-up vise un million de tonnes captées chaque année, dès 2033-2034. Un objectif qui suppose de faire tourner des usines de plus en plus grandes, et donc de recruter en nombre : techniciens de maintenance, opérateurs de conduite d’installations chimiques, ingénieurs procédés, chimistes…Or le captage du carbone reste une filière jeune en France : les formations dédiées sont encore peu nombreuses.