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On la surnomme « anguille gluante ». La myxine, un poisson des grands fonds, se défend en sécrétant un mucus qui se change aussitôt en gel épais au contact de l’eau de mer, engluant ses assaillants. Ce gel intéresse aujourd’hui des chercheurs de l’Institut de recherche interdisciplinaire de Grenoble (Irig), qui dépend notamment du CEA. Il y a cinq ans, ils ont découvert un peu par hasard que certaines protéines de ce mucus produisaient de l’électricité au contact de l’humidité de l’air. Reste à transformer cette découverte en technologie exploitable. C’est l’objectif du projet Amylen : une start-up du même nom doit prochainement être créée.

De l’électricité tirée de l’air ambiant

Concrètement, l’équipe a transformé ces protéines en un matériau souple et absorbant, qui produit un léger courant électrique lorsqu’il capte l’humidité de l’air. Les chercheurs en ont tiré un « biogénérateur », c’est-à-dire un petit générateur d’électricité fabriqué à partir d’une matière d’origine biologique. Il fonctionne dès que l’air contient au moins 40 % d’humidité. L’énergie produite reste modeste, mais il n’utilise ni métaux ni solvants, et n’a pas besoin de lumière. Selon ces concepteurs, le dispositif est également totalement autonome et ne doit jamais être remplacé. De quoi offrir une alternative aux piles et au photovoltaïque, très dépendants des métaux critiques.

Détecter les fuites, alimenter des capteurs

Ce biogénérateur peut servir de deux façons. Comme il réagit à l’humidité, il peut d’abord la détecter. Intégré aux matériaux de construction, il signalerait une fuite ou une infiltration dès son apparition, ce qui aiderait à préserver les bâtiments.
Il peut aussi fournir de l’énergie. Si sa puissance est trop faible pour alimenter un réseau électrique, elle suffit pour de petits appareils peu gourmands, comme les capteurs utilisés dans l’industrie ou la santé. Des essais sont déjà en cours avec de grands groupes et des PME.

Une filière à construire

Pour passer à l’échelle industrielle, Amylen doit d’abord s’assurer un approvisionnement régulier en mucus. Fabriquer ces protéines par synthèse chimique coûterait trop cher : la future start-up compte donc récupérer le mucus auprès de la filière pêche, sans tuer les poissons.
Côté technologie, l’équipe perfectionne son procédé de transformation du mucus en matériau, déjà protégé par des brevets.
Si elle tient ses promesses, cette innovation pourrait ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises industrielles. Encore faudra-t-il réunir des savoir-faire variés, de la biochimie à la science des matériaux, en passant par la microélectronique et le génie des procédés.

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